Il faudra décidément trouver un autre argument. À ceux qui répètent que PASTEF-Les Patriotes serait dépourvu d’idéologie, le parti n’a pas répondu, le 6 juin 2026, en inventant précipitamment une doctrine. Il a réaffirmé, ordonné et actualisé une orientation présente depuis ses origines. La Charte adoptée lors du premier Congrès ordinaire ne marque donc pas la naissance idéologique de PASTEF-Les Patriotes, mais une clarification imposée par une nouvelle étape historique.

Depuis le manifeste des Patriotes de 2013 et L’Appel aux Patriotes qui accompagna la création du parti en 2014, PASTEF-Les Patriotes pose la même question : que vaut l’indépendance politique lorsque le peuple ne maîtrise ni ses ressources, ni les décisions qui déterminent son avenir ? Solutions pour un Sénégal nouveau, le livre du Président Ousmane Sonko, approfondit cette réflexion en 2018. La Charte de 2026 reprend donc un fil ancien dans une situation nouvelle.

Réaffirmer une idéologie dans un contexte nouveau

Le texte a été adopté par PASTEF-Les Patriotes lors de son premier Congrès ordinaire, tenu le 6 juin 2026 au Centre international de conférences Abdou Diouf de Diamniadio, en présence de délégués des 553 communes et des 45 sections de la diaspora, d’invités nationaux et internationaux. Depuis sa création, le parti a connu l’opposition, la répression, les mobilisations populaires, la victoire électorale de 2024 et l’exercice du pouvoir. Il lui fallait donc non pas changer d’idéologie, mais la reformuler à la lumière de ses responsabilités nouvelles.

PASTEF-Les Patriotes y réaffirme sa matrice idéologique, définie comme un « panafricanisme souverainiste, de progrès social partagé et de transformation démocratique ». Celle-ci articule quatre exigences : l’unité africaine, la souveraineté, la transformation et la démocratie. Aucun pays africain ne pouvant durablement maîtriser son destin dans un continent fragmenté et dépendant, la souveraineté sénégalaise est conçue comme une étape vers la construction d’une puissance collective africaine.

Donner un contenu réel à la souveraineté

La souveraineté ne se réduit ni au drapeau ni à l’indépendance juridique. Elle désigne la capacité réelle du peuple à décider de ses choix politiques, économiques, monétaires, culturels et stratégiques. Un État qui vote à l’ONU, mais demeure impuissant devant les intérêts étrangers ou la captation de ses ressources, possède les apparences de la souveraineté sans toujours en détenir les moyens. Celle-ci se construit par la production, les savoirs, la maîtrise des ressources et l’organisation populaire.

Comment conduire cette transformation ? La Charte défend un État stratège et une économie productive, récuse la rente et la prédation, et place la justice sociale au cœur du développement. Dignité du travail, maîtrise collective des ressources nationales et participation populaire définissent la finalité même de l’économie.

La transformation doit aussi rester démocratique. Le peuple ne peut être convoqué pour voter, puis renvoyé au silence. Il doit contrôler l’action publique et intervenir durablement dans la vie politique. Le parti est donc conçu comme une école de formation politique, et non comme une simple machine électorale. Le jom, le ngor, le kersa, le mbokk, le burok, le teddungal et la teranga doivent guider les dirigeants et les militants par la dignité, la droiture, la responsabilité et la solidarité.

De la conquête du pouvoir à la transformation

Pourquoi réaffirmer cette doctrine en 2026 ? Parce qu’une victoire électorale ne transforme automatiquement ni l’État, ni l’économie, ni les rapports de domination. L’histoire africaine montre que les indépendances peuvent être vidées de leur substance par la dépendance ou le remplacement d’une élite par une autre. PASTEF-Les Patriotes devrait donc préciser comment préserver son cap, organiser le peuple et inscrire la transformation dans la durée.

Une Charte ne garantit pas la fidélité des pratiques aux principes. Elle fournit cependant une boussole aux militants et un instrument de jugement aux citoyens. PASTEF-Les Patriotes n’a donc pas découvert une idéologie le 6 juin 2026 : il a réaffirmé et actualisé celle que portent ses textes fondateurs. Reste à la traduire dans l’exercice réel du pouvoir sans la diluer. Le vide doctrinal n’a jamais été démontré. L’épreuve de la cohérence, elle, ne fait que commencer.

Félix Atchadé